Lâchers d’eau sur le fleuve Mono par la CEB : Une opération de gestion hydraulique concertée et sécurisée du barrage de Nangbéto.

Patrimoine commun au Bénin et au Togo, le barrage hydroélectrique de Nangbéto serait-il la cause des inondations qu’on observe ces derniers temps, notamment dans la partie méridionale des deux Etats ? C’est la question qui alimente depuis quelques temps la polémique au sein de l’opinion publique. Cette polémique tire sa source d’une vidéo abondamment relayée sur les réseaux sociaux et qui montre cette infrastructure ouvrir ses vannes pour déverser tout son contenu dans le fleuve Mono. Il s’agit d’une opération inhabituelle pour le commun des mortels mais classique et qui sème inquiétudes et incompréhensions. Et pourtant !


« Il n’y a pas péril en la demeure en ce qui concerne le barrage hydroélectrique de Nangbéto ». C’est du moins l’assurance que donne le ministre de l’énergie, Dona Jean-Claude HOUSSOU, interpellé sur la question du débordement de cette infrastructure hydroélectrique construite par et pour le Bénin et le Togo. Selon l’autorité ministérielle, la vidéo qui circule actuellement relate exactement l’opération classique que la Communauté électrique du Bénin (CEB) a lancée depuis mercredi 07 septembre 2022.


Il s’agit d’une routine en période de crue pour diminuer l’impact de la quantité importante de l’eau arrivant en amont du barrage et garantir la sécurité des installations. En effet, la fonction première d’un barrage sur un fleuve est de barrer le passage de l’eau pour empêcher son écoulement normal, de manière à mieux gérer et contrôler son utilisation. Mais, il arrive qu’en période de pluies abondantes, le fleuve augmente considérablement de volume et a tendance à atteindre le seuil critique du barrage.


« Dans un tel contexte, si rien n’est fait, le niveau d’eau va tellement augmenter et endommager le barrage, parce que le poids de l’eau serait tellement important, ou bien l’inondation qu’on évitait en mettant un barrage va se produire, parce que l’eau va monter tellement haut et passer au-dessus du barrage. Et on ne pourra plus la contenir », explique le Numéro 1 de l’énergie au Bénin.


C’est donc pour cette principale raison et pour maîtriser cette conjoncture que, volontairement, la CEB a décidé d’ouvrir les vannes pour faire passer une certaine quantité d’eau de manière à faire baisser le niveau en amont du barrage. Cette opération à risque, surtout pour les populations, est annoncée à l’avance aux autorités administratives qui se doivent de prendre les dispositions idoines par rapport aux inondations (dont les effets seraient moindres à ce que cela aurait été si on n’avait rien fait) que cela pourrait engendrer en aval du barrage.


« Le niveau est suivi constamment tous les jours. Il y a une valeur qui est donnée deux à trois fois par jour sur le niveau de l’eau en amont du barrage pour voir si la sécurité est toujours de mise ou s’il faut faire une action pour faire baisser le niveau de l’eau à un niveau qui garantit la sécurité de l’ouvrage afin qu’il puisse continuer à jouer son rôle non seulement de production d’électricité, mais contribuer à la gestion intégrée des ressources en eau pour diminuer l’intensité des inondations en aval.


Donc, pour ceux qui disent que c’est à cause de Nangbéto qu’il y a de l’inondation, c’est faux. C’est une contrevérité. C’est le contraire. Le barrage atténue les effets de l’inondation qui aurait été sans commune mesure s’il n’y avait pas de barrage », renchérit-il avant de donner des clarifications sur la vidéo qui circule actuellement. A l’en croire, elle est réalisée par la Ceb dans un but de sensibilisation des populations : « La vidéo qui circule n’est pas une mauvaise information.


C’est une bonne information, parce qu’on a atteint le niveau limite de la sécurité du barrage, il faut lâcher de temps en temps, parce que, si on ne fait rien, le niveau va dépasser celui du barrage et couler naturellement comme s’il n’y avait pas de barrage.  Le débit d’eau arrivant en amont du barrage a atteint par exemple mercredi dernier, 936 mètres cubes d’eau par seconde. Quand on fait le calcul simplement sur une heure,  ce sont des millions de tonnes d’eau qui déboulent du fleuve et si on ne fait rien, ça va couler le barrage.


Et Nangbéto ne pourra plus jouer son rôle de barrage, ni de régulateur, ni de production d’électricité » a-t-il conclu. Même son de cloche avec le Directeur général de la CEB, Karim Chabi Sika. Selon lui, si le barrage de Nangbéto n’était pas réalisé à ce niveau, la situation aurait été plus catastrophique pour les populations. « Si nous, on n’était pas là pour arrêter le maximum d’eau, ce n’est pas ce qu’on voit actuellement qu’on allait vivre.


Par conséquent, ce n’est pas très juste de penser que c’est Nangbéto qui cause le problème d’inondation à cause des lâchers d’eau. La centrale de Nangbéto ne produit pas de l'eau. La quantité qu’on a lâchée est insignifiante par rapport à ce qu’on a retenue», renchérit-il. Par la même occasion, il préconise plus de barrages en guise de solution pour assurée une grande retenue d’eau dans cette zone argileuse.


Pour rappel, la centrale hydroélectrique de Nangbéto a été réalisée en 1987 par et pour le Bénin et le Togo. Elle produit 60 mégawatts d’énergie électrique au profit des deux pays. Son importance est également donc capitale eu égard aux enjeux d’autonomie énergétique pour les deux Etats. D’où sa réhabilitation enclenchée depuis peu, à travers une révision majeure pour lui donner une « nouvelle jeunesse ».


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